Marketing & Développement Economique : Etude du cas de l'Afrique de l'Ouest; 1972

MARKETING ET DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE : ETUDE DU CAS DE L'AFRIQUE DE L'OUEST ; 1972

Introduction

Si tous les fils du Royaume 
venaient par leurs mains 
assemblées boucher les trous 
de la jarre percée, le pays 
serait sauvé.
Ghezo (Roi d’Abomey
)

Les études consacrées aux problèmes de développement économique sont nombreuses et, de plus en plus, spécialistes et experts de tous ordres produisent des documents, des solutions ou des recettes dont la validité commence à être mise en doute.
Qu'elles portent sur les questions de balance des paiements et du commerce extérieur, qu'elles présentent un caractère théorique (modèle de développement, théorie du sous-développement) ou opérationnel (plan, programme, projet), qu'elles soient sectorielles ou globales, elles présentent en général le défaut d'être partielles et par définition centrées sur un seul aspect en éludant le reste.
Leur caractère économiste, c'est-à-dire situé à l'intérieur de cloisons édifiées par les disciplines universitaires traditionnelles les rend par un effet d'amplification encore inopérantes et plutôt que de faciliter la compréhension des mécanismes du développement, elles ne contribuent souvent qu'à créer un phénomène de pollution intellectuelle autour d'eux.
Si le développement se traduit par la transformation des structures mentales et sociales permettant la participation de tous à la croissance et à la propagation de ces effets, ce dont il faut tenir compte, c'est le processus de prise de décision des différents agents économiques dans un pays ou une région donnée.
 
Les décisions de ces agents sont soumises à l’influence de plusieurs variables et sont par nature synthétiques.Elles conjuguent différents mobiles contradictoires ou non, conscients ou non.Les variables présentent un caractère d’autant plus hétérogène que les agents intéressés par ce pays ou cette région sont situés en des points forts éloignés, par delà les océans, et à des stades d’avancement technologique séparés par un abime qui va en s’approfondissant.

 Seule une approche synthétique, contrairement à la démarche analytique classique permet de rendre compte de toutes les implications mutuelles entre les décisions des agents, décisions d’achat, d’auto-consommation, de production, d’importation, d’importation de vente, etc…
L’application de cette démarche se heurte cependant à des difficultés qui résident dans l’interdépendance de ces variables et la nécessité de trouver un point focal autour duquel elles s’articulent.
 En considérant l’entreprise commerciale/industrielle comme le point de départ et le point de convergence de divers flux de biens et services, de flux financiers et de flux d’information on peut éclairer certains problèmes de l’Afrique de l’ouest qui souvent passent inaperçus ou sont traités à la sauvette.
Comme dans tous les pays en voie de développement, les entreprises sont, dans cette région, souvent des filiales de firmes multinationales, quand elles ne sont pas publiques.
Leur degré de spécialisation, pas plus que leur objet social ne permettent de faire toujours la distinction classique entre entreprise commerciale et entreprise industrielle ; suivant que l’on se place du point de vue de la société-mère ou du pays d’accueil son rôle n’est pas le même. Une entreprise qualifiée d’industrielle ici n’est-elle pas que la tête de pont d’une grande firme qui écoule par son intermédiaire certains biens et services ? Telle entreprise de production agricole ou minière ne fait-elle pas simplement partie du réseau d’approvisionnement de telle grosse industrie transformatrice ?
Ajouter à cela que certains produits font l’objet de peu d'échanges ou sont autoconsommés et que l’entreprise, si elle existe dans l’état d’esprit de ces agents producteurs/consommateurs ou colporteurs, n’a pas ce statut juridique défini.
Il semble qu’on ait exporté un peu rapidement certains concepts dans les pays en voie de développement sans se soucier de leur validité.
 Des concepts même dont le contenu est profondément influencé par l’émergence de nouvelles forces codifiant les relations commerciales entre nations.
L’avènement de la firme multinationale, la poussée technologique et 1’âpreté de la compétition qui en résulte sur le plan international ont élargi considérablement le sens de l’investissement à l’étranger.
La distinction que 1’analyse classique fait entre l’investissement et l’exportation devient caduque, l’association de ces deux termes recouvrant la réalité économique de la vie des entreprises dans les pays industrialisés et constituant une « boucle dynamique ». Investir pour exporter tel est leur slogan.
L’hypothèse de la neutralité de 1’état en matière d’exportation n’a plus de raison d’être. Au contraire il crée 1’environnement le plus favorable pour ses entreprises et ses produits par des politiques à l’exportation et d’investissement à l’étranger audacieuses, et qu’on s’efforce de concilier à grand peine avec des politiques d’aide et d’assistance qui ne sont rien d’autre que des opérations de relations publiques sur une grande échelle. Il y a une contradiction flagrante dans les objectifs qui mérite d’être relevée.
De nouveaux éléments viennent rendre la définition des biens et services faisant l’objet d’échanges inadaptée ; la commercialisation des brevets et licences, l’exportation de matière grise, de l’organisation ou de know-how prend le relais de celles des marchandises traditionnelles.
L’impact de ces nouvelles données dans les pays en voie de développement est d’autant plus considérable qu’ils sont dépendants à l’égard du commerce extérieur, que leurs structures commerciales sont dépendantes et que les contraintes financières et techniques sont déterminantes.
Autant de caractéristiques qu’on rencontre en Afrique de l’Ouest (1).
 
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(1) Côte d’Ivoire, Dahomey, Gambie, Ghana, Guinée, Haute-Volta, Liberia, Mali, Mauritanie, Nigeria, Senegal, Sierra Leone et Togo