Prospective Globale
Scénarios Globaux

Infographie

Quatre Scénarios  

ou la toile de fonds de la 
Transformation Capaciataire de l'Afrique dans le Monde du XXIe Siècle

1. Espace Captif

Le Scénario de la Captation de l'Afrique :
L'Afrique retourne à son niveau pré-industriel ; sacrifiée pour préserver l’atmosphère, la nature et les intérêts des plus riches, une partie de sa population est réservée au travail domestique et l’autre à la dépollution ; sa disparition déclenche le géocide.

La pauvreté gagne du terrain malgré les efforts d’harmonisation des stratégies de réduction. La tendance générale est à la banalisation de la situation des pauvres. Les jeunes et les femmes en milieu rural sont les plus exposés et leur exposition accrue à des maladies contagieuses n’émeut plus aucune autorité. Leur nombre n’en finit pas de croitre du fait du relâchement des actions de planification familiale.
Le désert gagne du terrain dans les zones enclavées accroissant les migrations vers les zones côtières surexploitées et soumises à l’avancée inexorable de la mer. Les bassins fluviaux se rétrécissent. Livrées à elles-mêmes, les populations émigrent massivement vers les pays d’Afrique Centrale et de l’Europe, avant d’être rapatriées aussi massivement. L’excédent de populations des pays à forte densité se déverse dans les pays frontaliers. Les grandes initiatives communautaires en matière d’infrastructures sont abandonnées faute de financement extérieur et d’engagement des Etats membres. Les infrastructures existantes se dégradent faute de maintenance.
La coopération entre les pays africains reste toujours au niveau des déclarations. Chaque pays cherche en fait à exporter ses pauvres hors de ses frontières au risque de déclencher des conflits ethniques ou religieux autour des terres cultivables. Les médiations internationales s’essoufflent faute de projets concrets permettant de générer des ressources pour les populations. Pendant ce temps l’exploitation des matières premières et du pétrole continue de façon systématique. De nouvelles découvertes de pétrole dans les zones arides et au large de l’Afrique remettent en scène certains pays qui étaient restés à la traîne au cours des décennies passées. Les marchés continuent d’être envahis par des importations de produits asiatiques à bas prix.
Aux abords des grandes villes qui étouffent sous la pression de l’exode rural et du chômage, des groupes de jeunes et de femmes érigent régulièrement des barricades pour exiger des moyens pour prendre d’assaut les forteresses des pays développés. Les frustrations sont d’autant plus grandes que les promesses faites à l’occasion des nouvelles découvertes de ressources énergétiques restent sans lendemain. Des bandes armées et des rebellions s’organisent pour revendiquer un meilleur partage des ressources.
Après une période d’instabilité et d’agitation, la coopération reprend ses droits et les pays s’entendent pour mieux gérer leurs problèmes économiques communs. Aussi les CERs qui avaient traversé une longue période de léthargie, largement imputable à des querelles de préséance, reprennent leurs activités en vue de progresser vers une zone de libre-échange. L’intégration régionale progresse plus rapidement en Afrique de l’Est et de l’Ouest que dans les autres régions.
Malgré les crises des années 2000 qui ont failli déstabiliser la première puissance économique mondiale, elle continue d’imprimer son rythme à l’évolution du monde à travers sa capacité d’attraction des ressources non mises en valeur ailleurs. Une conception multipolaire du monde fait du chemin. Les accusations de cynisme et de duplicité la rendent cependant ambivalente. On assiste à des réactions de repli autour de blocs continentaux tandis que dans d’autres cas, l’émergence de pôles économiques globaux est stimulée en vue d’une régulation soutenable du capitalisme. Cependant aucun effet de rattrapage n’est possible. Dans l’espoir de bénéficier de quelques retombées, l’Afrique oriente délibérément son commerce vers les Etats-Unis, abandonnant l’Europe à ses problèmes qui la recentre sur elle-même. Mais l’implication des USA ne va pas au-delà de quelques politiciens et hommes d’affaires qui servent de tampon pour accéder à l’aide publique.  

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2. Valeur dégradée

Le Scénario de la Dévalorisation de l'Afrique
Réduite au statut d’actif toxique, déclarée continent en faillite, l'Afrique est livrée à toutes sortes d’apprentis sorciers qui la  découpent en clusters pour mener des  essais cliniques randomisées ; le siphonage du continent s’étend au reste du monde et déclenche son effondrement.

Les niveaux de pauvreté explosent littéralement et apparaissent sous de nouvelles formes aggravantes dans les zones urbaines.
Les pays africains s’organisent sur une base bilatérale pour régler leurs différends en matière d’occupation des terres le long des frontières.
Contrairement aux grands discours qui ont suivi la grande crise globale et systémique d’avant 2010, le capitalisme financier à travers les marchés financiers reprend le contrôle des activités marchandes. Toutes les activités et ressources font l’objet d’une valorisation systématique. Les protestations d’ONG humanitaires sont fortement relayées par les réseaux sociaux et l’internet mais finissent par se lasser de la défense de causes de pays réduits au statut d’assistés permanents. Les populations africaines sont les grandes oubliées de ce processus d’intensification de la globalisation et se replient sur elles-mêmes. Elle est subie comme une fatalité.
Devant les échecs des réformes, des initiatives de coopération régionale et le déclin de l’aide extérieure, les pays sont tentés par des mesures protectionnistes et accordent la priorité aux politiques nationales. La concession de terres devient la principale activité des dirigeants soumis aux fortes pressions des grandes et moyennes puissances pour disposer d’emprises dans ces pays. Les Communautés économiques régionales végètent quand elles ne sont dissoutes.
Tirant les leçons des conflits endémiques des années 2000, un groupe de pays prend l’initiative pour organiser en commun leur sécurité et la stabilité économique en créant les conditions d’une fédération. C’est aussi l’occasion pour ces pays de valoriser considérablement leur héritage culturel commun ainsi que les principes ancestraux de sagesse.
Les innovations financières et le secteur avancé de l’économie numérique provoquent une accélération fulgurante des échanges de services donnant un pouvoir exorbitant aux marchés financiers dans l’allocation des actifs. La généralisation de la monnaie virtuelle rend caduque les politiques monétaires et les formes traditionnelles de gestion des changes. Mais plusieurs régions du monde en sont exclues. Des planètes lointaines et des espaces virtuels sont colonisés, tandis que d’autres - comme les zones désertifiées - sont laissés en friche. Les élites de ces régions parviennent néanmoins à s’implanter dans des activités de forte croissance et à envoyer des fonds à leurs parents restés au pays.

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3. Locomotive Mondiale

Le Scénario de l'Africanisation
La  prise de conscience de l’atout que représentent les jeunes déclenche la ruée du reste du monde vers l'Afrique qui devient un accélérateur de croissance ; les mouvements migratoires structurent les chaînes de valeurs globalisées ; les conditions de vie et la résilience aux chocs s'améliorent partout. 

Contre toute attente, les niveaux de pauvreté sont nettement atténués dans tous les pays. Des poches de paupérisation persistent çà et là surtout dans les zones enclavées ou laissées entre les mains de groupes rebelles ou terroristes. La concertation et les échanges d’expérience entre les pays deviennent systématiques pour améliorer le ciblage des actions. Tous les pays réalisent leur transition démographique, ce qui contribue à contenir le taux de progression des pauvres uniquement liés aux nouvelles naissances. Dans ce domaine, comme dans d’autres l’Afrique se distingue par l’efficacité du cadre stratégique de réduction de la pauvreté adopté à l’échelle continentale et par la mise en place d’infrastructures rurales au plus près des zones de peuplement.
Les années 2010 avaient commencé sous le signe de fortes mobilisations contre les accords interrégionaux de partenariat. Le caractère défensif de ces accords était vite apparu aux sociétés civiles africaines qui n’ont eu de cesse de se mobiliser autour des enjeux des ressources naturelles et des produits de base. Plusieurs régimes politiques nationaux ont même fait les frais de leur ambigüité ou de leur incapacité à défendre leurs intérêts vitaux. Aux activistes et altermondialistes des années 2000 a succédé une nouvelle génération de citoyens maîtrisant tout le potentiel des réseaux sociaux pour mailler la grande majorité de la population africaine, aussi bien pour lancer des mots d’ordre, que pour faciliter les transactions commerciales. L’Afrique est ainsi transformée en cyber espace relayé par les investissements massifs consentis par les pays dans l’acquisition de puissantes technologies de communication et par l’émergence de jeunes et dynamiques start-up plus sensible aux conditions des populations
La nature s’y met aussi en donnant un coup de pouce à la faveur d’un retournement climatique inattendu, marqué par des pluies devenues plus régulières. Des zones entières jadis asséchées deviennent en quelques années cultivables et sont aménagées à l’échelle de la région. Des incitations sont accordées aux populations qui retournent à la terre pour la valoriser. Un mouvement de reflux des villes vers les campagnes est même observable. Les grandes villes côtières connaissent une pause dans leur croissance, ce qui facilite la mise en place de grandes infrastructures dédiées à l’acheminement des surplus de produits de l’intérieur en vue de l’exportation (chemin de fer et hub). Les régions voisines de l’Afrique en profitent aussi.
Après une période de flottement et d’incompréhension, l’Afrique normalise ses rapports avec les anciennes puissances coloniales voisines. Ces choix, dictés par l’importance que prend le continent ne fait pas l’unanimité d’autant que les bénéficies ne sont pas au rendez-vous, compte tenu du déclin des puissances européennes bien implantées sur le continent par rapport aux autres régions du monde. Au bout de quelques années, des voix discordantes s’élèvent pour recentrer l’intégration autour des grands pôles que sont les CERs.
L’accroissement des richesses constitue le principal facteur de stabilité de l’Afrique. Les régions voisines frappent à la porte de l’Union Africaine en vue d’être des membres actifs. C’est ainsi qu’en moins de dix ans, l’UA s’élargit au point de concerner les espaces eurasiatiques et euraméricains, à des degrés divers. Les grandes puissances prennent conscience du pouvoir de marché et du rayonnement du continent qui devient un acteur incontournable dans les négociations mondiales. Les promesses de financement pour les infrastructures globales se concrétisent. Les mouvements terroristes et les mafias ne parviennent plus à faire les lois dans les zones isolées.
La globalisation s’enracine dans tous les pays à travers l’organisation des activités économiques autour de chaînes de valeur globalisées. Le phénomène de délocalisation prend une telle ampleur avec la montée des oligopoles combinant des modalités de fragmentation et concentration des activités permises par les technologies numériques. La diffusion rapide des innovations industrielles, de transport, d’énergie et du vivant permet la valorisation de zones désertiques et la mise en place de programme de grande échelle en matière d’énergie et de transport à travers toute l’Afrique. Des grandes villes africaines deviennent des nœuds d’un trafic intense et des centres de sourcing global. La valeur ajoutée mondiale des initiatives de l’Union Africaine est appréciée par les populations.

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4. Marché Globalisé

Le Scénario de l'Afruption
La concentration de la richesse entre un nombre réduit de mains vieillissantes et insouciantes provoque la défaillance généralisée des systèmes de représentations : les conditions sont réunies pour que le monde et l'humanité deviennent réceptifs aux biens communs et à la juste place de l'Afrique.

Dans ce scénario, la réduction de la pauvreté et de l’exclusion est significative. Les opérations de dépistages des personnes gravement touchées sont devenues systématiques et la notion de zéro pauvre devient un véritable leitmotiv. La transition démographique devient effective y compris dans les pays à la traîne. Les migrations vers les autres continents sont contenues dans des proportions raisonnables.
En fait, ce sont les populations qui imposent aux dirigeants politiques la nécessité d’une régionalisation plus poussée. De mieux en mieux organisées à travers des groupes de pression, des partis politiques, des syndicats, des organisations religieuses, elles avaient réussi à inscrire la réalisation de projets régionaux dans l’agenda des gouvernements, sous peine de les faire tomber. Mais les acquis se font au détriment d’une certaine spontanéité et finissent par être instrumentés par des lobbies proches des pouvoirs en place. Les intérêts en jeu sont à la mesure de l’importance qu’acquiert l’Afrique dans le monde.
Les efforts de coordination et d’harmonisation se traduisent par davantage de cohérence entre les pays et de réduction des disparités entre les zones côtières et les zones enclavées. Les actions de compensation atteignent leur vitesse de croisière au profit des pays qui accusent encore un retard économique. Les programmes d’infrastructures communautaires sont mis en œuvre sous la surveillance des autorités de l’Union Afrcaine. Un effort sans précédent de maillage et de désenclavement transforme les ventres mous de l’Afrique en zone d’attraction et de peuplement.
La perte d’influence de la coopération bilatérale avec les anciennes grandes puissances a pour conséquence immédiate l’élargissement de l’Afrique par attraction de régions voisines. La vitalité de la coopération Sud-Sud permet d’envisager une percée de la nouvelle Afrique en tant que paysage stratégique. Des partenariats globaux se nouent avec l’Asie. Cette percée est favorisée par un nouveau climat de coopération au sein du G20 qui donne une seconde chance au partenariat global entre l’Afrique et le reste du monde. Mais les principales sources de financement sont d’origine bilatérale et multilatérale. Plusieurs pays africains disposant de ressources énergétiques y contribuent, impulsant ainsi une nouvelle dynamique interne à l’intégration africaine.
Des plateformes d’innovation, clusters régionaux et autres triangles de croissance contribuent à structurer des espaces couvrant plusieurs ensembles 
régionaux. Pour consolider ces pôles économiques, certains pays n’hésitent plus à créer des axes politiques et même à envisager leur fusion. Des régions comme l’Afrique du Nord, Centrale et Australe sont concernées par ce mouvement. Ce nouveau recentrage des régions autour de leurs préoccupations communes, ne va pas sans difficultés, du fait des problèmes de partage des ressources requérant des arbitrages politiques.
Avec le déclin des grandes puissances traditionnelles, la reprise en main du processus de mondialisation par d’autres régions ou cultures permet d’envisager un monde dont le centre de gravité se trouve ailleurs qu’en Amérique et en Europe, enrichissant du coup le processus de globalisation. L’Afrique n’est pas en reste, même si tous les regards se tournent vers l’Asie, en particulier la Chine et l’Inde. Ces deux pays-continents réalisent tout l’intérêt à tirer l’Afrique avec eux pour faire contre poids et éviter la réversibilité du processus. Cette nouvelle alliance prend la forme d’un grand Accord de Partenariat entre l’Afrique, l’Asie de l’Ouest et de l’Est et le sous-continent Indien. La partie nord et ouest de l’Afrique constitue ainsi la plateforme avancée de ces régions émergentes en direction de l’Europe et des Amériques. Les CERs y trouvent leur compte en se fondant dans les espaces euraméricain et eurasiatique qui répliquent le modèle afroasiatique. Des infrastructures intercontinentales et globales voient le jour en quelques décennies reléguant aux oubliettes plus de quatre siècles de présence européenne en Afrique.